Douleur chronique : comprendre les mécanismes et l’intérêt d’une approche ostéopathique globale
Lorsqu’une douleur persiste depuis plus de trois mois, on parle de douleur chronique.
Contrairement à une douleur aiguë, elle ne joue plus uniquement un rôle d’alerte : elle devient un phénomène complexe, influencé par de nombreux facteurs physiques, nerveux et émotionnels.
En tant qu’ostéopathe à Chaponost, je rencontre régulièrement des patients dont la douleur s’est installée dans le temps, parfois sans cause visible à l’imagerie. Comprendre les mécanismes de la douleur chronique permet d’adapter la prise en charge… et d’éviter certaines impasses thérapeutiques.
Douleur chronique : ce que dit la science aujourd’hui
Les recherches actuelles en neurosciences de la douleur montrent que l’intensité de la douleur n’est pas toujours proportionnelle aux lésions visibles.
Certaines personnes ressentent des douleurs importantes sans anomalie apparente, tandis que d’autres présentent des lésions sans douleur associée.
Plusieurs mécanismes peuvent expliquer ce phénomène :
· Une sensibilisation du système nerveux
· Des adaptations tissulaires et posturales
· Des facteurs émotionnels et environnementaux
· Une diminution de la mobilité de certaines structures
La douleur devient alors un signal entretenu, parfois indépendant de la cause initiale.
Le rôle du système nerveux dans la douleur chronique
Le cerveau et la moelle épinière jouent un rôle central dans la perception de la douleur.
Dans les douleurs chroniques :
· Le seuil de déclenchement de la douleur diminue,
· Le système nerveux devient plus réactif,
· Certaines zones du corps restent en état d’« alerte » permanente.
Ce phénomène, appelé sensibilisation centrale, est largement documenté en neurosciences.
Résultat : le corps peut continuer à produire de la douleur même lorsque les tissus ont cicatrisé.
Pourquoi une approche ostéopathique globale est pertinente ?
Limiter la prise en charge à la seule zone douloureuse est souvent insuffisant.
Le corps fonctionne en chaînes de compensation :
· Une restriction de mobilité à distance peut entretenir la douleur,
· Une perte de mouvement influence la perception douloureuse,
· Des adaptations anciennes peuvent persister sans être conscientes.
Par exemple, une douleur lombaire chronique peut avoir de multiples origines. En dehors des causes médicales identifiées (hernie discale, pathologie inflammatoire, traumatisme), elle peut être liée à :
· Une perte de mobilité du bassin,
· Des tensions viscérales,
· Des schémas compensatoires installés dans le temps.
Ostéopathie et Méthode Bounine dans la prise en charge de la douleur chronique
L’approche ostéopathique que je pratique, inspirée de la Méthode Bounine, vise à :
· Évaluer la position du bassin,
· Identifier les zones de restriction de mobilité,
· Accompagner le retour du mouvement, sans forcer.
Les techniques utilisées ne cherchent pas à imposer une correction, mais à :
· Diminuer les tensions intra-osseuses,
· Améliorer la mobilité tissulaire,
· Favoriser une meilleure adaptation du système nerveux.
Cette approche douce et progressive est particulièrement intéressante dans les douleurs persistantes, où le respect du rythme du corps est essentiel.
Pourquoi la douleur chronique demande du temps
La douleur chronique ne s’installe pas en quelques jours… et elle ne disparaît pas toujours en une seule séance.
La prise en charge vise à :
· Redonner de la mobilité,
· Améliorer la compréhension du corps,
· Diminuer progressivement l’intensité et la fréquence des douleurs.
L’objectif n’est pas uniquement de « faire disparaître la douleur », mais d’aider le corps à sortir d’un schéma douloureux installé.
À retenir
· La douleur chronique est un phénomène complexe
· Elle n’est pas toujours liée à une lésion visible
· Le système nerveux joue un rôle central
· Une approche ostéopathique globale et individualisée est souvent plus pertinente
· La douceur et la progressivité sont essentielles dans la prise en charge
Cadre scientifique & références
Cet article s’appuie sur les connaissances actuelles en neurophysiologie de la douleur, biomécanique et sciences du mouvement.
Les données scientifiques montrent que la douleur chronique implique des mécanismes centraux et périphériques, indépendants de la seule atteinte tissulaire.
L’ostéopathie et les approches manuelles globales s’inscrivent dans une prise en charge complémentaire, centrée sur la mobilité, l’adaptation et la régulation du système nerveux.
Références :
· IASP – International Association for the Study of Pain
· Haute Autorité de Santé (HAS) – Prise en charge des douleurs chroniques
· Moseley & Butler – Explain Pain
· PubMed – Sensibilisation centrale et thérapies manuelles
· OMS – Approches complémentaires dans la prise en charge de la douleur